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La résistance à Northvolt prend forme

par Jeromec, vendredi 09 février 2024, 11:08 (il y a 16 jours) @ Jeromec

https://pivot.quebec/2024/02/07/la-resistance-a-northvolt-prend-forme/

La résistance à Northvolt prend forme

Des citoyen·es aux horizons et objectifs bien différents s’organisent contre le controversé projet d’usine de batterie.
PAR FRANCIS HÉBERT-BERNIER ● REPORTAGES ● 7 FÉVRIER 2024

La construction de l’usine de batteries de Northvolt détruira une bonne partie des milieux humides restants dans le secteur avoisinant la rivière Richelieu. Photo: Francis Hébert-Bernier
Le manque de transparence et les potentiels impacts sociaux et environnementaux entourant le projet de méga-usine de batteries de l’entreprise suédoise Northvolt poussent plusieurs citoyen·es à s’organiser. Portrait d’un mouvement qui prend forme.

Une centaine de citoyen·nes s’étaient donné rendez-vous au cœur du village de Saint-Basile-le-Grand pour écouter des expert·es et spécialistes discuter des impacts potentiels du projet d’usine de batteries de Northvolt sur leur communauté. Fait inusité : plutôt que d’être organisée par l’entreprise elle-même ou par les autorités locales, la réunion était organisée par un comité d’action citoyenne formé en réaction au projet.

« Le gouvernement nous avait promis qu’on aurait une série de rencontres d’information, qu’ils ont finalement annulées. Alors on s’est dit qu’on allait le faire nous-même, » explique Jacinthe Villeneuve, une des instigatrices du comité.

Le groupe est né d’une page Facebook créée pour tenter de colliger le peu d’information disponible sur le projet. Puis, devant l’engouement, un véritable mouvement s’est mis en place, notamment grâce à l’appui de groupes de la société civile, comme la section Rive-Sud de Mères au Front ou encore Greenpeace.

« Ce qui est certain, c’est que si on les laisse faire, la destruction va continuer, alors on a décidé d’agir. »

Roger
Le comité d’action s’affiche comme n’étant ni pour ni contre le projet. Il cherche plutôt à obtenir une consultation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pour jeter plus de lumière sur le dossier. « Comment voulez-vous qu’on se fasse une idée? On ne nous donne aucune information », déplore la porte-parole.

En effet, en l’absence de processus d’évaluation environnementale, le public n’a accès qu’à quelques informations sur le projet, comme la hauteur du financement public (environ 7 milliards $), la taille des milieux humides qui seront détruits (138 162 m2) et le nombre d’arbres qui seront abattus (8730 arbres vivants et 5 365 arbres morts pour la portion du site sur le territoire de Saint-Basile-le-Grand).


Une centaine de citoyen·nes se sont rassemblé·es à Saint-Basile-le-Grand pour essayer de comprendre l’impact potentiel du projet sur leur communauté. Photo: Francis Hébert-Bernier
Rappelons que les projets de l’ampleur de celui de Northvolt devaient obligatoirement faire l’objet d’une consultation auprès du BAPE avant que le gouvernement Legault ne rehausse les critères obligeant la tenue d’audiences, quelques mois seulement avant l’annonce du projet d’usine.

Toutefois, celui-ci pourrait encore faire l’objet d’une consultation publique, car le ministre de l’Environnement a le pouvoir d’ordonner la tenue d’un BAPE dans les trois mois suivant la demande d’autorisation d’un projet. Un délai qui prendra fin le 22 mars prochain, pour le cas de l’usine de Northvolt.

D’ici là, le groupe citoyen compte mettre autant de pression que possible sur le ministre et son gouvernement pour le forcer à agir. Il a notamment organisé la fin de semaine passée une manifestation prenant la forme d’un cortège funéraire pour les animaux vivants sur le site, et initié une pétition qui peut être signée en ligne ou aux événements du groupe.

Il prévoit aussi d’autres activités visant à faire pression sur les élus locaux, qui devraient avoir lieu dans les prochaines semaines.

La voie légale
Plutôt que de se fier à la bonne foi du ministre, certaines citoyennes, dont Jacinthe Villeneuve, se sont aussi associées au Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE) pour déposer une requête d’injonction devant la Cour supérieure. Celle-ci visait à faire interrompre les travaux de construction de l’usine en attendant de faire la lumière sur les impacts potentiels du projet.

Les demanderesses argumentaient que les milieux humides présents sur le site sont trop importants pour l’écosystème local pour qu’on les détruise. Elles rappelaient notamment que les autorités provinciales et municipales avaient déjà bloqué des projets de logement sur le site précisément pour cette raison.

« Le gouvernement nous avait promis qu’on aurait une série de rencontres d’information, qu’ils ont finalement annulées. Alors on s’est dit qu’on allait le faire nous-même. »

Jacinthe Villeneuve
Le juge a toutefois tranché en faveur de la poursuite des travaux quelques jours plus tard, ne jugeant pas la situation suffisamment urgente pour accorder une injonction. Il ne s’est toutefois pas prononcé sur le fond de l’affaire, ce qui laisse la place à ce que d’autres recours soient éventuellement déposés.

La manœuvre a de plus permis au CQDE de recevoir des milliers de pages de documents sur l’évaluation du projet d’usine et ses impacts potentiels. « On en est encore à analyser le jugement et les informations qu’on a reçues avant de voir quelle sera la prochaine étape », explique Camille Cloutier, avocate saisie du dossier au CQDE.

Quand rien d’autre ne fonctionne
D’autres personnes ont décidé d’aller plus loin et de s’interposer physiquement pour empêcher les travaux de construction de l’usine de rouler bon train. C’est notamment le cas des militant·es du groupe Rage Climatique, qui ont bloqué l’accès au site pendant plusieurs heures au début du mois de février.

« Au-delà de la destruction de la biodiversité sur le site, c’est tout le capitalisme vert qu’on dénonce. Construire d’énormes usines sur des milieux humides pour construire des voitures électriques au nom de l’environnement, ce n’est rien d’autre que de l’écoblanchiment », explique Roger* au nom du groupe.

Le groupe a identifié le projet de Northvolt comme une cible de choix dans la lutte qu’il mène pour amener des changements et des débats sur les problèmes fondamentaux derrière les crises climatiques, explique Roger. « Le gouvernement investit des milliards pour permettre à la culture du char de se perpétuer, au lieu de chercher de vraies solutions qui pourraient nous amener ailleurs », explique-t-il.


Des manifestant·es ont bloqué l’accès au site où est construite l’usine, pendant plusieurs heures. Photo: Francis Hébert-Bernier
Le 11 février prochain, le groupe organise aussi une séance de discussion autour du « projet Saint-Laurent », pierre angulaire du projet politique de François Legault aux débuts de la CAQ, que Rage Climatique dénonce en tant que « désastre écologique, économique et démocratique ».

Des militant·es anonymes auraient également placé des barres de fer et des clous dans certains des arbres sur le site, pour empêcher le travail de la machinerie et nuire aux coupes. « Nous avons donné des armes à la forêt pour qu’elle puisse se défendre », peut-on lire dans le communiqué qui annonce l’action.

Poussé·es à agir
Peu importe l’approche de contestation qu’ils préconisent, la plupart des gens rencontrés par Pivot avaient le sentiment qu’il n’était pas trop tard pour faire marche arrière sur le projet et qu’il en revenait à la population de changer le cours des choses.

« Si la société civile continue à faire pression, elle peut amener le gouvernement à voir la chose d’un autre œil. C’est donc essentiel que la mobilisation se poursuive en parallèle des démarches devant les tribunaux. », rappelle Camille Cloutier du CQDE.

« Ce qui est certain, c’est que si on les laisse faire, la destruction va continuer, alors on a décidé d’agir », conclut Roger.

* Nom fictif. Pivot a accordé l’anonymat à cette personne afin d’éviter de lui porter préjudice.

Correction : La première version de cet article faisait référence à l’action citoyenne qui serait plus efficace que les tribunaux. La citation a été modifiée pour mieux représenter le point de vue du CQDE. (2024-02-08)

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